Sortie du premier film parlant

Le 6 octobre 1927 sort aux États-Unis le film Jazz singer (Le chanteur de jazz), réalisé par Alan Crosland. Il s’agit du premier film parlant, chantant et musical, avec en vedette le comédien Al Jolson. L’acteur, un juif originaire de Russie, apparaît grimé en Noir. Le film exploite un procédé de sonorisation appelé Vitaphone. La bande sonore comporte tout juste 354 mots ! Mais le succès est immédiat et permet aux producteurs, les frères Warner, d’échapper à une faillite.

Les autres professionnels du cinéma restent réservés… Ils s’inquiètent de l’impossibilité d’exploiter les films parlants hors des pays anglophones (le doublage est encore inconnu). Plusieurs vedettes du muet seront incapables de s’adapter au parlant. C’est le cas de Buster Keaton. D’autres, comme Charlie Chaplin, se reconvertiront non sans difficulté.

L’avènement du parlant consacrera aussi de nouveaux réalisateurs comme Howard Hawks aux États-Unis et, en France, Marcel Pagnol ou Sacha Guitry.

Ce film raconte l’histoire d’un chanteur de jazz, Jack Robin, joué par Al Jolson, un juif d’origine russe, qui apparaît dans le film grimé en Noir (à l’époque, les acteurs noirs n’existaient pas). Jack doit monter un spectacle à Broadway, mais la représentation tombe le soir de Yom Kippour (le Jour du Grand Pardon, fête juive considérée comme la plus sainte de l’année juive), et son père, très malade, est incapable de chanter à la synagogue. Convaincu par sa mère de renoncer à son spectacle et de chanter à la place de son père à la synagogue, Jack remplit son devoir filial, avant que son père disparaisse dans la joie. Quelques années plus tard, le héros, de nouveau sur les planches, obtient un immense succès sous le regard ému de sa mère. Dans le film, Al Jolson chante en tout cinq chansons et entonne quelques thèmes religieux.

Certains professionnels du cinéma se montrent réticents quant au succès du parlant : ils s’inquiètent de l’impossibilité d’exporter les films à l’international (le doublage est encore inconnu). Jazz Singer va révolutionner l’industrie du cinéma : si le parlant contribuera à l’avènement de nouveaux réalisateurs tels qu’Howard Hawks, Marcel Pagnol ou Sacha Guitry, ce bouleversement signera aussi la fin de la carrière de grandes vedettes, telles que Buster Keaton.

Charlie Chaplin lui, parvient à se reconvertir, non sans difficulté. Roger Régent rappelle, dans la Revue des Deux Mondes de décembre 1957, la figure que représente Charlot alors que le parlant vient de faire son apparition : « Le cinéma qui est un art tout neuf a voulu, dans l’ivresse et dans l’empressement de sa jeunesse, se donner des traditions et des génies. Son génie, c’est Charles Chaplin ; ses traditions ce sont les rites qui président à la cérémonie cinématographique dont, précisément, Charles Chaplin est le grand prêtre. Tout film vraiment digne de ce nom, vraiment digne de prendre place dans l’histoire d’un art qu’il illustre, nous conduit tout naturellement vers ces génies puisque sans eux l’œuvre d’art cinématographique n’existerait pas. »